Visite à Tagong et Xinduqiao Juillet 2012

Le 14 juillet 2012 est notre 50ème anniversaire de mariage; nous voulons marquer le coup par un voyage: retourner  au Tibet avec ASENT pour rencontrer notre filleule Dorje, voilà l’occasion ! Il y a cinq ans, nous avons partagé la fête de l’inauguration de la maison d’accueil pour les écoliers tibétains nomades avec un groupe de danseurs folkloriques et de musiciens suisses, et nous en gardons un souvenir lumineux.

Nous découvrons nos compagnons de voyage à l’aéroport de Genève. Une famille de 4 enfants en fait partie, 2 grands garçons et 2 filles dont la cadette, Salomé, n’a que 6 ans. Elle sera la petite princesse du groupe. Et, surtout, nous retrouvons Marc, notre guide chinois.

Après une nuit passée dans l’avion, nous logeons enfin dans un hôtel confortable à Chengdu.

image-partenaires-4Le lendemain, très tôt le matin, nous nous envolons pour Kangding-Aéroport, situé à 4280 m d’altitude. Nous sommes accueillis par Rinchen, beau dans son costume traditionnel, qu’il porte avec noblesse. Selon la coutume, il nous pare d’une écharpe jaune-or, en signe de bienvenue.

En sortant de l’aéroport, je retrouve les sensations dues à l’altitude : le souffle coupé, de légers vertiges en respirant. Nous roulons en direction de Xinduqiao où nous rencontrerons nos filleuls de l’école secondaire. Le temps est pluvieux, le vent souffle, il fait froid. Je retrouve les paysages des hauts plateaux tibétains, vallonnés, recouverts d’une prairie vert tendre, fleurie, et tachetée de yacks et des tentes noires des nomades. Les maisons traditionnelles, rectangulaires, aux toits plats et aux fenêtres cadrées de couleurs vives, s’intègrent si bien dans le paysage.

A Xinduqiao, la visite prévue de l’école secondaire est supprimée; nous le regrettons beaucoup. A la place, nous nous promenons dans la ville sur des trottoirs boueux, bordés de boutiques, puis dans un marché. Nous croisons deux yacks qui se promènent en toute liberté parmi les voitures et les motos, et qui fouillent les poubelles.

Soudain, un groupe de jeunes filles entre dans le bus qui nous conduit au restaurant où nous allons dîner avec nos filleuls : Dorje est parmi elles. Nous nous reconnaissons instantanément. Elle ne s’attendait pas à notre présence, elle est émue, nous nous embrassons, nous nous tenons par la main, et ne nous quittons plus. Nous communiquons par gestes, mimiques et dans un anglais laborieux, aidés parfois par un traducteur. Nous apprenons qu’elle nous avait écrit plusieurs lettes qui se sont sans doute perdues dans la chaîne des transmissions. Dorje s’inquiète de la poursuite de notre parrainage. Elle arrive au terme de son école secondaire et désire poursuivre des études de langues et d’histoire dans une école supérieure.

Le lendemain, nous arrivons à Tagong où nous logeons, à notre surprise, dans un hôtel confortable. Nous rencontrons la maman de Dorje qui nous invite pour le repas de midi. Elle loge juste derrière notre hôtel dans une cabane précaire. Devant sa porte, des fleurs en pot qu’elle cultive. Nous entrons dans une chambre avec quelques meubles, une télévision, des tentures un réchaud pour cuisiner. Elle nous offre un délicieux yogourt, du thé au beurre, des petits pains à la vapeur fourrés et une sorte de fromage. Ces mets sont très nourrissants et nous peinons à les manger; c’est difficile de refuser. Nous communiquons par gestes, mimiques, sourires. Cette rencontre est très émouvante. Nous regardons les photos fixées au mur qu’elle commente en tibétain et nous répondons en français. Nous prenons aussi quelques photos que nous lui enverrons dès notre retour.

L’après-midi, nous visitons la nouvelle école primaire que le gouvernement a fait construire, et qui accueillera 800 élèves à la rentrée d’automne. Je suis frappée par la taille des locaux et par le décor de style chinois, qui me paraît luxueux, en regard de la visite, ce midi, chez la maman de Dorje. Les espaces dans les maisons tibétaines sont exigus. Les familles dorment souvent à plusieurs dans la même chambre. La nourriture est peu diversifiée. La vie est rude, le confort minimal.

Le soir nous dînons en compagnie des enfants de l’école primaire et participons à la distribution des cadeaux.

fete-montagneLe lendemain nous réserve une formidable surprise. Nous participons à une fête sur la montagne au-dessus de la ville. Les habitants, en famille, ont revêtu leurs plus beaux costumes. Ils ont aussi paré leurs chevaux de rubans, de tissus de couleurs vives . Ils nous invitent dans une de leurs tentes et nous offrent une généreuse collation.
 Des moines jouent de grandes trompettes en direction du magnifique monastère qui brille dans le soleil qui se montre enfin.

 

fete-montagne-2Soudain jaillissent des cris dans la foule, les chevaux sont fouettés par des branches; l’opération se répète plusieurs fois, une terrible excitation gagne les chevaux qui, en un déferlement d’énergie, s’élancent dans une terrible course galopante jusque dans la vallée, en bas. Je ne sais pas quel cheval a gagné la course et ne crois pas que là était l’important. Ce qui comptait, c’était la symphonie de couleurs du décor, l’énergie de ce rassemblement humain dans leurs superbes habits, la vibration des trompettes, le déferlement du galop des chevaux, le doux mouvement des drapeaux de prière qui ornent dans le vent les prairies fleuries alentour.

Le soir, nous assistons à l’assemblée générale de l’association ASENT-Chine. Nous apprenons avec tristesse que la maison d’accueil inaugurée lors de notre premier voyage, a été fermée pour des raisons de discipline et de sécurité. Inhabitée, elle se dégrade peu à peu. Cette maison avait une grande valeur symbolique. Elle sera mise en vente et l’association espère ne pas subir une trop grande perte financière.

Le Tibet est en marche vers la modernité. Je forme le vœu que les changements n’arrivent pas trop rapidement, et que les valeurs culturelles promues par le bouddhisme ne soient pas détruites. Elles révèlent l’éphémère de la jouissance, l’illusion de la possession, de l’appétit sans fin et de l’orgueil de l’ego; elles intègrent la perte, l’acceptation de la mort, de la souffrance inéluctable; elles valorisent la compassion, la paix du coeur et condamnent la violence. La prière tibétaine est une méditation sur la dimension et la mesure humaine: les mains se joignent au-dessus de la tête, puis, devant le front, devant le cœur, pour se glisser sur le sol entraînant tout le corps; le pèlerin se relève avance de trois pas et recommence le mouvement, mesurant ainsi de la longueur de son corps, le chemin parcouru. Je crois que le monde contemporain, dans la fièvre de son agitation et de ses excès, a besoin de cette voix aujourd’hui.

monastere tagong juillet 2012Enfin Rinchen nous a fait visiter le monastère de Tagong qui, a été rénové, et, qui allie style tibétain et style chinois. Il nous l’a présenté comme un gardien de la mémoire de l’enseignement des maîtres du passé afin que cette richesse ne se perde pas.

Catherine Rousson

 

Poursuite du voyage au Tibet central

À Chengdu, deux visites nous ont frappés : celle du musée de la soie car Chengdu fut jadis une étape importante sur la route de la soie. Nos yeux se sont régalés devant les magnifiques brocards et les broderies shu, devant l’habileté des tisserandes qui travaillent sur les anciens métiers à tisser.

Et celle du centre de recherche et d’élevage des grands pandas. Sommes-nous arrivés trop tard pour les voir ? Toujours est-il qu’ils se cachaient à l’intérieur pour se mettre à l’abri de la chaleur; seuls se trouvaient à l’extérieur de très agiles petits pandas roux.

Le lendemain aux aurores, nous entamions notre circuit dans une partie du Tibet autonome.

lac de montagne 2012Quels sont les souvenirs engrangés de ce séjour entre 4000 et 5000 mètres ? des cieux magnifiques avec des nuages à portée de main, des étonnantes dunes stabilisées par de nombreuses plantations d’arbres, des rivières soit calmes soit tumultueuses, des montagnes pelées, pas de neige, le jaune du colza, le vert des champs d’orge, des fleurs en abondance, des lacs sacrés.

temple-2012Des temples aussi et des stupas aux nombreuses marches, le Potala avec ses richesses, l’essoufflement dû à l’altitude, des vélos et des scooters électriques dans les villes, des routes goudronnées, des panneaux solaires sur les toits, une nourriture assez monotone avec toujours du riz, du thé et encore du thé. Et surtout, une population accueillante, un peuple souriant, profondément religieux, bouddhiste, un guide tibétain francophone prolixe, un chauffeur attentionné et, déjà, le départ en train du ciel pour redescendre vers la Chine.

Monique Demésy